LE PAROLE TRA NOI

PURGATOIRE – CHANT PREMIER DA LA DIVINE COMEDIE, FLAMMARION

di Jaqueline Risset

Purgatoire - Chant Premier

Pour cueillir meilleure eau il hisse les voiles
à présent le petit vaisseau de mon esprit
qui laisse derrière soi mer si cruelle:
et je chanterai le second royaume
où l'esprit humain se purifie
et de montrer au ciel devient plus digne.
Mais ici la morte poésie resurgisse,
o saintes Muses, puisque je suis à vous;
et que Calliope un peu se lève
suivant mon chant avec cette musique
dont les Pies désolées sentirent le coup
si fort, qu'elles perdirent tout espoir de pardon.
Douce couleur de saphir oriental
qui s'accueillait dans le serein aspect
de l'air, pur jusqu'à premier tour,
recommença délice à mes regards,
sitôt que je sortis de l'aure morte
qui m'avait assombri yeux et cœur.
La belle planète qui invite à aimer
faisait tout l'Orient sourire
en voilant les Poissons, qui l'escortaient.
Je me tournai à main droite, attentif
à l'autre pôle, et je vis quatre étoiles
jamais vues sinon par les premiers regards.
Le ciel semblait jouir de leurs flames:
oh septentrional site veuf,
puisque tu es privé de voir ces feux!
Quand je me fus écarté de leur vue,
en me tournant un peu vers l'autre pôle,
où avait déjà disparu le Chariot,
je vis près de moi un vieillard solitaire

digne à son air de tant de révérence
que nul fils n'en doit plus à son père.
Sa barbe longue, et de poil blanc mêlée,
était pareille à ses cheveux, d'où descendait
à sa poitrine un double flot.
Les rayons des quatre étoiles saintes
ourlaient si bien de lumière son visage
que je le voyais comme avec le soleil de face.
"Qui êtes-vous qui remontant le fleuve aveugle
avez fui la prison éternelle?"
dit-il en secouant cet honnête plumage.
"Qui vous a conduit, qui a été votre lanterne
pour sortir de la profonde nuit
qui fait la vallée d'Enfer toujours noire?
Les lois d'en bas sont-elles si rompues,
a-t-il paru au ciel nouveau décret,
que damnés vous veniez à mes grottes?"
Mon guide alors me prit
et par mots et par mains et par signes
mit révérence en mes jambes et ma face.
Puis il lui répondit: "Je ne suis pas venu de moi-même,
une dame est descendue du ciel, qui me pria
de secourir cet homme, par ma présence.
Mais puisque ton vouloir est que j'explique
quelle est en vérité notre condition,
mon vouloir ne saurait se refuser au tien.
Celui-ci n'a jamais vu son dernier soir
mais il en fut si près, par sa folie,
qu'il lui restait bien peu de temps à vivre.

Comme j'ai dit, je lui fus envoyé
pour le sauver; il n'était d'autre voie
que celle par où je me suis mis.
Je lui ai montré toute la gent coupable
et maintenant je veux lui montrer les esprits
qui se purifient sous ton autorité.
Comment je l'ai tiré serait long à te dire;
d'en haut descend une vertu qui m'aide
à le conduire où te voir et t'entendre.
Que sa venue te plaise:
il cherche liberté, qui est si chère,
comme sait qui pour elle a refusé la vie.
Tu le sais toi aussi qui pour elle
ne trouvas pas la mort amère à Utique où tu laissas
l'habit qui au grand jour sera si clair.
Les édits éternels ne sont pas gâtés pour nous.
Celui-ci est vivant, et Minos ne me tient pas lié;
je suis du cercle où sont les castes yeux
de ta Martia, qui te regarde encore et te prie,
sainte poitrine, de la tenir pour tienne:
pour son amour lasse-toi fléchir.
Laisse-nous aller par les sept règnes;
je rapporterai grâce de toi à elle
s'il te soucie encore d'être nommé là-bas".
"Martia fut si chère à mes yeux
tant que je fus sur l'autre bord", dit-il,
que tout de qu'elle voulut de moi, je l'ai fait.
Depuis qu'elle est au-delà du fleuve mauvais
elle ne peut plus me toucher, par cette loi

qui fut créée quand je sortis de là.
Mais si dame du ciel te meut et mène
comme tu dis, louer ne sert de rien,
il suffit bien que tu me pries pour elle.
Va donc, et entoure celui-ci
d'un jonc très lisse, et lave son visage,
pour effacer toutes ses taches:
il ne conviendrait pas, l'oeil voilé
par quelque brume, d'aller devant le haut
ministre, qui est des gens du paradis.
Cette petite île tout autour tout au bord,
là-bas où les vagues la frappent,
porte des joncs sur sa vase molle:
nulle autre plante, portant feuillage
ou durcissante, ne peut y vivre,
parce qu'elle ne sait y seconder les chocs.
Aussi ne faites par retour par ici;
le soleil, qui maintenant se lève, vous montrera
où prendre la montagne par sa pente plus douce".
Alors il disparut; et moi je me levai
sans parler, me serrai tout entier
contre mon guide, et je dressai les yeux vers lui.
Il commença: "Mon enfant, suis mes pas,
revenons en arrière, cette plaine
par ici redescend vers ses bords".
L'aube gagnait sur l'heure matinale
qui fuyait devant elle, et de loin
je connus la palpitation de la mer.
Nous allions par la plaine solitaire

comme celui qui revient à la route perdue,
et jusqu'à elle est sûr d'aller en vain.
Quand nous fûmes là où la rosée
lutte avec le soleil, où pour être en partie
là où il vente elle est plus lente à se dissoudre,
mon maître posa doucement
ses deux mains écartées sur l'herbette:
d'où moi, qui compris cet usage,
je lui tendis mes joues pleines de larmes;
et là il mit à découvert
la couleur que l'enfer me cachait.
Nous vînmes ensuite à la rive déserte
qui n'a jamais vu naviguer sur ses eaux
homme qui sût ensuite en revenir.
Là selon le vouloir d'un autre il me ceignit:
oh merveille! quand il choisit
l'humble plante, elle renaquit
telle, où il l'avait cueillie, aussitôt.