LE PAROLE FRA NOI

EDITH DZIEDUSZYCKA

POESIE DEL TEMPO CHE FU

ECOUTE

Ecoute au fond de toi, prends la peine d'entendre

ce qu'y ont fait se taire les jours pareils aux jours.

Ecarte un peu le voile aux fragiles contours

et tissé jusqu'à trame en chaînes couleur cendre.

Laisse éclater au ciel, au creux de toi s'étendre

en vagues infinies que le vent chasse à courre,

le fracas frémissant par tes désirs trop lourd

et la rumeur enfouie que ton silence engendre.

Alors enfin naîtra tout ce qu'en toi celaient

des aubes de grisaille et d'obscures clartés,

vivant tu surgiras d'un gouffre aux fonds lointains,

de ta réalité tu seras au rivage

et non plus de chimères l'aveugle pantin,

ni de pâles reflets le fantasque mirage.


ASCOLTA

Ascolta in fondo a te, sforzati di sentire

cosa azzittirono giorni ad altri uguali.

Scosta appena il velo dai fragili contorni

tessuto fino a trama in catene color cenere,

lascia brillare al cielo, dentro di te spiegarsi

in onde infinite che sospinge il vento

il fracasso fremente, greve di desideri

e le voci sepolte nate dal tuo silenzio.

Allora nascerà quel che in te celavano

albe di grisaglia e oscuri bagliori,

d'un abisso profondo vivo tu sorgerai,

della tua realtà riscoprirai le rive

e non più di chimere sarai cieco fantoccio,

né di riflessi pallidi il miraggio bizzarro.


CREPUSCULE

Toi qui des choses éteins les bruyantes couleurs,

effaçant les contours dévorés d'ombres grises,

qui estompes les angles en formes imprécises,

toi dont j'aime le son, fugitive lueur,

crépuscule aux mains douces et aux parfums de fleurs,

ouaté de longs murmures et d'ivresses promises,

tiédeur d'allées profondes où chuchote la brise,

équipage aux yeux clos, somnolence des cœurs.

Éteignant d'un frisson la mourante clarté

favorable complice à de tendres secrets,

tu voiles de langueur la plainte des amants,

toi qu'effleure le souffle de l'enfant qui rêve

et celui de l'espoir, à peine moins tremblant,

ô toi qui seul inventes une aube qui se lève.


CREPUSCOLO

Tu che delle cose smorzi i chiassosi colori,

cancellando i contorni mangiati d'ombre grigie,

che gli angoli sfumi in forme imprecise,

di cui amo il suono, fuggitivo chiarore,

crepuscolo dalle morbide mani, dai profumi di fiori,

mormorii ovattati ed ebbrezze future,

tepore di viali fondi ove bisbiglia la brezza,

carro dagli occhi chiusi, sonnolenza dei cuori,

d'un fremito spegnendo il morente bagliore

di teneri segreti favorevole complice,

avvolgi di languore degli amanti i sospiri,

tu che sfiori il respiro del bambino che sogna,

e quello della speranza, meno tremante appena,

ô tu che solo inventi un'alba che risorge.

LA CHEVAUCHEE FANTASTIQUE

Entre les noirs piliers aux frondaisons géantes

étreignant sous leur voûte une ombre cathédrale,

en cette obscure nef peuplée d'allées mouvantes

où sombrent, frémissants, de lourds morceaux d'étoiles,

martèlement lointain d'une course démente,

où t'enlève au galop cette blanche cavale,

crinière déployée sur sa robe fumante

et qu'agrippent sanglants les éperons du mal?

Sur quel ordre secret, pour quelle aube fatale

est venue te chercher par delà trop de pentes,

effrénée messagère, cette pure vestale

aux naseaux tout mousseux d'une flamme écumante?

D'où surgit, fantastique, à l'heure vespérale,

au milieu d'un tonnerre de sabots qu'argente

à regret le regard d'une lune trop pâle,

cette étrange haquenée solitaire et vibrante?

Cramponnée à ses flancs que fouette, végétale,

une armée de bras verts aux caresses cinglantes,

elle emporte en secret, perdue dans ce dédale

une vie condamnée aux poursuites errantes.


LA CAVALCATA FANTASTICA

Tra i neri pilastri dal fogliame gigante

di cui la volta stringe un'ombra cattedrale,

in quella navata oscura dai viali sfuggenti

ove frementi affondano grevi pezzi di stelle,

lontano martellare d'una corsa demente,

dove ti porta via quella bianca giumenta,

dalla criniera al vento sul suo manto fumante

che sanguinanti afferrano gli speroni del male?

Su quale segreto ordine, per quale alba fatale

è venuta a cercarti, oltre troppi declivi,

sfrenata messaggera, quella pura vestale

dalla frogia spumosa d'una fiamma schiumante?

Da dove sorge, fantastica, nell'ora vesperale,

in un rombo di zoccoli che di argento sfuma

a malincuore lo sguardo d'una pallida luna,

quella strana cavalla vibrante e solitaria?

Aggrappata ai suoi fianchi che frusta, vegetale,

un'armata di braccia verdi dall'abbraccio sferzante,

in segreto si porta, in quel dedalo persa,

condannata una vita alle corse erranti.